Les conseils du maire de Saint-Gervais pour des finances saines Abonnés
La Lettre du Maire : vous avez fait le choix de baisser la fiscalité, est-ce au détriment de l’investissement ?
Jean-Marc Peillex : au contraire, nous avons réalisé des investissements d’envergure. Nous avons ainsi créé l’ascenseur Valléen de Saint-Gervais Mont-Blanc. Le Valléen assure un accès direct de la gare SNCF du Fayet jusqu’au village de Saint-Gervais. Il est utilisé par les skieurs pour accéder au domaine mais également par les travailleurs ou les scolaires et offre un bon substitut à la voiture. Il permet donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Nous avons également mis en place l’ascenseur des thermes, un transport vertical qui assure une liaison rapide en offrant une vue panoramique sur les montagnes environnantes. Il est donc possible d’allier baisse d’impôt et investissements.
La LDM : la crise financière qui s’annonce n’augure rien de bon pour les collectivités locales. Quels conseils donneriez-vous à vos collègues maires ?
J-M.P : le maire élu se croit souvent obligé d’investir pour investir. Il détermine donc un programme d’investissement et en fonction de celui-ci détermine les impôts qu’il doit lever pour le mener à bien. J’ai toujours raisonné différemment. Je détermine ma capacité d’investissement en fonction de mes recettes, desquelles je retranche mes dépenses de fonctionnement. La différence détermine ma capacité d’investissement.
La LDM : en général, les maires mettent en avant leur vertu financière et leur budget en équilibre par rapport à un État dispendieux.
J-M.P : c’est une vision spécieuse. Le budget est en équilibre parce que c’est une obligation légale et la section d’investissement peut être largement financée par l’emprunt. C’est le choix qu’ont fait nombre de maires en empruntant sur 10, 15 et même, dans le passé, 40 ans pour réaliser des investissements qui, parfois, avaient une durée de vie de dix ans. Ils pensaient également que les aides de l’État, de l’Europe, du département allaient durer éternellement. Ce n’est pas le cas. J’ai préféré avoir des dépenses de fonctionnement contenues pour dégager un surplus de 5 à 6 millions d’euros par an, ce qui me permet de financer des investissements. Résultat : la commune n’emprunte plus depuis 15 ans. Et si on n’a pas les moyens d’investir, on réduit la voilure.
La LDM : au risque de mettre les entreprises du secteur des travaux publics en difficulté ?
J-M.P : mais ces entreprises ont-elles toujours eu un comportement responsable ? Ne se sont-elles pas reposées sur une clientèle facile en gonflant les prix et en nous expliquant que le coût des matériaux avaient augmenté alors que ce n’était pas toujours vrai ?
La LDM : s’agissant des impôts, comme nous l’avait expliqué Franck Louvrier, maire de La Baule (voir LDM n°2376), vous avez fait le choix de ne pas majorer à 60 % la taxe d’habitation que payent les propriétaires de résidences secondaires.
J-M.P : oui, car les propriétaires de ces résidences viennent pour de longue période à Saint-Gervais, la station ne vit donc pas seulement pendant les périodes de vacances mais toute l’année grâce à ces propriétaires. Je préfère donc qu’ils dépensent leur argent dans les commerces de la ville plutôt que de les taxer au-delà du raisonnable.
La LDM : votre commune étant en tension sur le marché du logement, la taxe sur les logements vacants s’applique obligatoirement (elle deviendra la taxe sur la vacance des locaux d’habitation à compter du 1er janvier prochain).
J-M.P : oui, elle rapportera environ 300 000 euros à la commune. Mais on ne doit pas la concevoir comme une ressource pérenne. Nous devons, au contraire, inciter les propriétaires à remettre leur bien sur le marché. Certains de mes collègues maires comptent sur cette taxe comme une ressource stable. A mon avis, c’est raisonner à l’envers.
La LDM : face à la crise financière qui s’annonce, quelles sont, selon vous, les pistes d’évolution ?
J-M.P : il me semble qu’il faudrait geler les investissements pour une année. Je pense que les craintes des entreprises que vous évoquiez plus haut ne sont pas fondées. Des dépenses restent engagées. Il faudra réfléchir également à la réforme territoriale. Je ne perçois pas la valeur ajoutée de la région et de l’intercommunalité. Depuis la réforme des régions, le chef-lieu pour notre commune de Haute-Savoie, c’est Clermont-Ferrand ou Lyon. Cela n’a pas de sens. Je préside la communauté de communes qui regroupe dix communes. Les économies d’échelle promises par Jean-Pierre Chevènement lorsqu’il a défendu son projet de loi de réforme de l’intercommunalité en 1999 ne sont pas au rendez-vous. On a ajouté un directeur général des services, un directeur des ressources humaines, etc. Tout cela est coûteux. Si je peux dans ma commune réduire les dépenses de fonctionnement pour dégager des marges d’investissement, c’est en étant vigilant sur les dépenses de personnel. Un exemple, selon nos prévisions, les économies que l’État nous demande dans le projet de loi de finances actuellement en discussion, représentent pour notre budget 500 000 euros. J’ai donc demandé aux différents services de me trouver des économies de 5 à 10 %.
*art. 232 du code général des impôts.
Michel Degoffe le 27 octobre 2026 - n°2429 de La Lettre du Maire
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