Redynamiser le commerce en centre-ville Abonnés
Frédérique Macarez nous présente les conclusions et recommandations principales de ce rapport remis début novembre*.
Entretien.
La Lettre du Maire : votre analyse devait porter à la fois sur le commerce en centre-ville et en quartiers prioritaires de la ville (QPV) ?
Frédérique Macarez : oui, et notre tâche était plus difficile pour les QPV car, pour les centres-villes, nous avons des données très fiables émanant notamment de la fédération des acteurs du commerce dans les territoires. Pour les QPV c’est plus compliqué car les quartiers ne présentent pas tous les mêmes caractéristiques et les situations sont très disparates.
La LDM : dans votre rapport, on trouve des résultats étonnants. Par exemple, le secteur de la restauration progresse, mais est-ce que cela ne vise pas un certain type de restauration (kebab, tacos) ?
F.M : oui, la restauration est une activité dynamique. En 16 ans, le secteur a connu une augmentation de son chiffre d’affaires de 75%, et cela vaut pour tous les types de restauration, pas seulement la restauration rapide. 800 000 emplois ont été créés dans le commerce depuis 2006, essentiellement grâce à la restauration. En revanche, les commerces habituels en centre-ville, comme l’habillement, disparaissent.
La LDM : selon votre rapport, il y a encore de la place pour des activités commerciales en centre-ville, mais les maires ne doivent pas tenter de faire revenir les types de commerces qui ont disparu, victimes de la vente en ligne notamment ?
F.M : oui, le centre-ville a de l’avenir, mais différemment : un lieu de commerce, un lieu de rencontres, de loisirs aussi. L’enseigne qui s’est la plus implantée ces dernières années est Adopt, une parfumerie. C’est un signe. On assiste à l’installation de tatoueurs, de barbers shops, en lien avec de nouvelles demandes, notamment de la jeunesse. S’ils ont leur légitimité, certaines de ces enseignes peuvent dissimuler du blanchiment d’argent, comme le relèvent de nombreux maires. Pour l’avenir, on peut penser aussi aux salles de sport, à des commerces de circuits courts, à des librairies-cafés. C’est cette nouvelle offre commerciale qui peut avoir un sens en centre-ville.
La LDM : les maires ont-ils des prérogatives leur permettant de maintenir et d’accueillir de nouveaux commerces ?
F.M : certes, un maire a très peu de pouvoirs sur l’implantation des commerces. Le droit de l’urbanisme ne lui permet pas de choisir le type de commerces qu’il souhaite accueillir. Mais le droit de préemption sur les fonds de commerce, institué par une loi de 2014 et que le conseil municipal peut mettre en place, peut être utile car il permet à la commune de bien connaitre le marché des fonds de commerce sur son territoire. La commune ne peut pas cependant préempter tous les locaux ou fonds qui se vendent. Il est assez fréquent aujourd’hui qu’une commune achète un local abritant un café ou un restaurant, le réhabilite et le confie en location-gérance à un professionnel. Mais elle n’a pas les moyens de le faire pour tous les commerces qui se vendent.
Nous croyons beaucoup plus aux foncières de redynamisation commerciale avec l’aide de la Banque des territoires. Un autre problème rencontré par les commerçants en centre-ville c’est le niveau élevé des loyers. Ils ont certes baissé mais pas à un rythme comparable à la baisse des revenus des commerçants. Quand le propriétaire est de la région, il est plus facile d’échanger et de réussir l’ajustement des loyers. C’est plus compliqué quand il habite dans une métropole. Les élus que nous avons auditionnés souhaitent (et nous reprenons cette proposition à notre compte) le maintien des programmes Cœur de ville et Petites Villes de demain, et que, dans ce cadre, le maire puisse donner son avis sur l’ouverture d’un commerce sur des périmètres circonscrits.
Le ministre chargé du Commerce, Serge Papin, a déjà annoncé reprendre plusieurs recommandations du rapport : développement des foncières (il y en existe 90 pour l’instant), développement des manageurs de centre-ville, c’est-à-dire des spécialistes qui repensent l’activité en centre-ville…
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Michel Degoffe le 25 novembre 2025 - n°2387 de La Lettre du Maire
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