Poitiers veut maintenir un prix de l’eau raisonnable pour ses habitants Abonnés
La Lettre du Maire : la communauté urbaine prend en charge la distribution de l’eau. Il n’y a pas débat sur les avantages respectifs de la régie et de la concession ?
Gilles Morisseau : non. Nous optons clairement pour la régie parce que nous voulons que l’eau reste accessible pour les usagers, en particulier pour les plus modestes, et nous pensons que la régie garantit plus sûrement le respect de cet objectif. Le prix de l’eau pour les usagers de la communauté urbaine est 19 % moins cher que la moyenne nationale. Notre situation est cependant particulière et tient aux évolutions du périmètre de la communauté urbaine. La régie assure la distribution de l’eau dans les 13 communes historiques de la communauté urbaine. Le syndicat départemental distribue l’eau dans les 27 autres communes qui l’ont rejointe par la suite.
La LDM : certaines communes qui doivent transférer la compétence eau et assainissement à la communauté de communes ou à la communauté d’agglomération au 1er janvier 2026 (le gouvernement devrait lâcher du lest sur ce point) craignent que ce transfert n’entraîne une augmentation du prix de l’eau. Il y a quelques semaines (voir LDM n° 2340), un chef d’entreprise nous disait que 1 euro le m3 d'eau n'était plus tenable eu égard aux investissements qui nous attendent.
G.M : il a sans doute raison. Comme je l’ai dit, nous parvenons à maintenir un prix de l’eau raisonnable, mais il faut financer des investissements. Nous menons une politique ambitieuse, investissant en moyenne 3 millions d’euros par an pour un budget global de 72 millions d’euros.
La LDM : les fuites sur les réseaux sont un problème majeur. Les agences de l’eau évaluent à environ 19 % l’eau collectée perdue. Qu’en est-il pour vous ?
G.M : nous avons un taux de performance de 85%, mais nos investissements visent essentiellement à maintenir et à améliorer cette performance.
La LDM : la gestion des eaux pluviales est l’une des préoccupations majeures des collectivités territoriales.
G.M : oui, en période de fortes précipitations, l’eau arrive dans le réseau unitaire d’assainissement qui ne peut pas l’absorber. Nous menons une politique qui n’en est qu’à ses débuts consistant à assurer l’infiltration de l’eau là où elle tombe. Cela doit nous conduire à réfléchir à la conception des ouvrages. Par exemple, à l’avenir, il faudra éviter de concevoir la voirie de telle sorte que l’eau dérive vers une bouche d’égout le long du trottoir. Il faut également prévoir des espaces verts pouvant absorber l’eau.
La LDM : les obligations imposées aux particuliers qui construisent est également une solution.
G.M : oui, notre PLU est en phase de révision. Il introduira de nouvelles obligations en ce domaine.
La LDM : comparé à l’Espagne ou à Israël par exemple, la France réutilise peu ses eaux usées alors que des textes ont été adoptés l’an dernier pour faciliter cette réutilisation. Où en êtes-vous à ce sujet ?
G.M : nous en sommes au stade de la réflexion. Nous avons la chance d’avoir à Poitiers une école d’ingénieurs, l’ENSIP (école nationale supérieure d’ingénieurs de Poitiers), spécialisée dans ce domaine. Nous pouvons nous appuyer sur elle comme elle s’appuie sur nos données. En matière de réutilisation des eaux usées, la réglementation européenne va encore évoluer. Il faut que nous ayons la certitude que le rejet dans le milieu naturel d’effluents comportant des traces de nitrate ou de médicaments ne présente pas de danger. Quand nous serons rassurés, nous pourrons nous engager dans cette réutilisation.
La LDM : avez-vous mis en place un service en ligne pour les usagers ?
G.M : oui, aujourd’hui, l’administré ne peut plus se plier aux contraintes horaires des services administratifs. Nous avons créé ce service qui permet à l’abonné de payer en ligne ou de demander la mensualisation.
La LDM : la Gemapi (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) est une des préoccupations majeures des communes. Elles ont le sentiment que l’Etat s’est déchargé de cette compétence sans leur donner les moyens financiers, les 7 euros maximum qui peuvent être demandés aux habitants étant insuffisants.
G.M : oui nous menons des missions relevant de la Gemapi en concertation avec les syndicats de rivière. Nous avons augmenté progressivement la taxe mais nous ne sommes pas encore au maximum.
Michel Degoffe le 25 mars 2025 - n°2356 de La Lettre du Maire
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