Faut-il prendre en charge l’implantation des commerces ou confier cette mission à des professionnels ? Abonnés
La Lettre du Maire : pouvez-vous nous présenter Villages vivants ?
Thibault Berlingen : Villages vivants a été créé il y a huit ans. Il s’agit d’une foncière solidaire. Mais pour être juridiquement précis, nous sommes une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif). Nous relevons donc de l’économie sociale et solidaire. Une SCIC a la forme d’une société classique (SARL, société anonyme, SAS) mais elle poursuit un objectif collectif. Tout titulaire d’une part sociale a une voix à l’assemblée générale. Villages vivants n’intervient que dans le Sud-Est et le Massif central (nous avons des bureaux à Clermont-Ferrand et à Crest dans la Drôme) car, pour que la mission de la foncière solidaire soit efficace, il faut qu’elle connaisse parfaitement son territoire.
La LDM : quelle est précisément votre mission ?
T.B : nous achetons des biens immobiliers, nous les rénovons puis nous les louons à des porteurs de projet qui veulent ouvrir une épicerie, un café, un tiers-lieu ou tout autre commerce. Il faut donc nous distinguer des établissements publics fonciers que les maires connaissent sans doute mieux, dont l’objet est de porter des biens, c’est-à-dire de les acheter quand ils sont mis en vente et de les céder à la commune ou à un aménageur. J’ai l’habitude de nous comparer à un bailleur social.
La LDM : comment cela se traduit-il dans la relation avec votre locataire ?
T.B : depuis huit ans, nous avons acquis 35 biens que nous louons. Nous sommes en général saisis par un particulier ou une association qui a un projet mais pas les moyens de le mettre en œuvre. Nous allons donc acquérir le bien, le rénover et le louer à l’intéressé. Nous ne lançons donc pas d’appels à projet pour trouver des occupants. A l’égard de cet occupant, nous ne nous comportons pas comme un propriétaire ordinaire. Nous pratiquons, par exemple, des loyers progressifs. Nous allons également l’aider à monter son plan de financement, à communiquer.
La LDM : la commune intervient-elle ?
T.B : quand nous sommes saisis d’un projet, nous entrons bien entendu en relation avec la commune pour savoir ce qu’elle en pense. En général, quand on vient voir le maire avec un projet qui va dynamiser sa commune, il nous reçoit bien. Si elle le souhaite, mais ce n’est pas une obligation, la commune peut prendre des parts sociales dans notre coopérative. Mais c’est symbolique par rapport à l’investissement que nous réalisons. Il peut atteindre 1 million d’euros alors que la part sociale est de 50 centimes par habitant. Cela permet à la commune de participer aux assemblées générales et de collaborer à nos projets.
La LDM : la commune se lance souvent dans la reprise de l’immeuble abritant le commerce avec un risque parce qu’elle n’a pas forcément l’expertise.
T.B : oui, il nous arrive d’ailleurs parfois d’acheter un bien à une commune ou à une intercommunalité. C’est le cas, par exemple, à Fontannes (Haute-Loire, 875 habitants) : l’épicerie était la propriété de la communauté de communes qui ne voulait pas porter le projet. Elle nous a donc vendu le bien.
La LDM : dans la phase de rénovation, le futur occupant a-t-il son mot à dire ?
T.B : bien entendu mais nous le conseillons et, en dernier lieu, nous décidons car nous sommes propriétaires donc a priori présents pour une longue période, alors que l’occupant peut être de passage même si nous souhaitons qu’il reste le plus longtemps possible.
La LDM : le 15 septembre, vous avez lancé un appel à l’épargne solidaire. En huit ans, Villages vivants a investi 12 millions d’euros dont cinq proviennent de ces appels à l’épargne. Avez-vous une idée du profil de ceux qui répondent à vos appels ?
T.B : sans faire de généralisation hâtive, on peut dire que ce sont des personnes qui veulent transmettre quelque chose à leurs enfants mais en investissant dans un projet qui a du sens. Ils peuvent prendre des parts sociales qu’ils pourront revendre, ou souscrire des prêts participatifs. Au terme du prêt, ils récupéreront leur argent et, chaque année, ils perçoivent un intérêt d’1 à 2 %. Les gens nous font confiance. Nous devons donc être très rigoureux en tant que propriétaires pour valoriser le patrimoine qui est la propriété de nos associés, tout en poursuivant un but d’utilité publique.
La LDM : les maires veulent maintenir ou faire revenir le commerce en centre-ville. Au terme de leur mandat, ils seront jugés sur ce point. Mais n’est-ce pas une tâche délicate ? La maire de Saint-Quentin, Frédérique Macarez, qui a rendu un rapport l’an dernier sur l’avenir du commerce de proximité, nous expliquait que les maires ne doivent pas chercher à faire revenir des commerces qui existaient dans le passé (vêtements par exemple) car la concurrence des ventes en ligne les condamne, mais plutôt attirer de nouvelles formes de commerce.
T.B : oui c’est juste. D’où l’intérêt de s’appuyer sur des experts qui connaissent le secteur. A cet égard, il nous arrive d’intervenir dans des communes qui participent à des programmes de l’État comme Petites villes de demain, et c’est souvent plus efficace. Tout d’abord, parce qu’en répondant à l’appel à projets de l’État, les élus ont montré que le sujet les préoccupait. Ensuite, parce que le programme a permis de recruter un chargé de mission qui a une connaissance du tissu commercial et l’expertise pour monter rapidement les dossiers (urbanisme, fiscalité, etc.).
La LDM : vous ne participez pas à des projets hors de votre région. En revanche, assurez-vous des formations ?
T.B : oui, nous proposons par exemple une formation « Montage d’une foncière solidaire » pour partager notre expérience et pour que notre modèle essaime dans les autres régions.
*https://villagesvivants.com/>
Michel Degoffe le 06 octobre 2026 - n°2426 de La Lettre du Maire
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