Trouver un autre usage aux bâtiments agricoles délaissés Abonnés
Entretien.
La Lettre du Maire : quel est le principe de Monhangar.fr ?
Joris Baco : Monhangar.fr fonctionne un peu comme Airbnb. Un agriculteur qui souhaite louer un bâtiment agricole dont il n’a plus l’usage peut mettre une annonce sur le Boncoin ou à la boulangerie de la ville à proximité. Mais il aura toute la charge de gestion du bien, avec les ennuis qui vont avec. Et, inversement, le locataire qui souhaite par exemple trouver un abri pour son camping-car n’a aucune garantie. Avec notre modèle, l’agriculteur met son annonce sur notre site. Il présente son bâtiment, sa localisation. Nous nous chargeons de tous les aspects matériels. Nous travaillons avec un commissaire de justice (un huissier) et un avocat. Nous proposons un modèle de contrat et de facture. Nous faisons également souscrire au propriétaire une assurance garantie en cas de loyers impayés (1 ou 2 euros par mois). Nous nous chargeons des éventuelles occupations illicites. Nous offrons une compensation de 100 % en cas de loyer impayé, une compensation de 1 000 € en cas de sinistre et une prise en charge juridique jusqu’à 500 €.
La LDM : comment vous rémunérez-vous ?
J.B : c’est l’agriculteur qui détermine son loyer. Par exemple 50 euros par mois, sur laquelle nous appliquons un pourcentage de 15%. Naturellement, le prix de la location est fixé par le jeu de l’offre et de la demande : si l’agriculteur est trop ambitieux et fixe un prix supérieur au tarif normal sur le marché, il ne recevra pas d’annonce. Nous lui conseillerons alors de revoir son prix.
La LDM : votre société existe depuis 2021 (et vous gérez déjà 800 bâtiments). Avez-vous suffisamment de recul pour savoir si, majoritairement, les locataires résident à proximité des bâtiments loués ?
J.B : oui nous avons suffisamment de recul et je peux vous dire que 50% des clients vivent à proximité du bâtiment qu’ils louent, et 50 % viennent de plus loin. C’est donc là encore une différence avec l’offre sur le Boncoin qui attire une clientèle de proximité alors que notre plateforme permet de mettre en relation des propriétaires et des locataires sans condition de distance.
La LDM : et savez-vous quel usage il est majoritairement fait des bâtiments ?
J.B : oui, dans 60-70% des cas, le bâtiment est utilisé pour stationner des camping-cars (il y en a 500 000 en France), 20% des caravanes, et le reste ce sont des destinations diverses : motos, bateaux…
La LDM : peut-on imaginer que des artisans fassent aussi des demandes de stockage de matériel ?
J.B : bien entendu puisque l’agriculteur dépose une offre en indiquant uniquement la localisation et la surface de son bâtiment. Celui qui le sollicite est donc libre d’en définir l’usage qu’il veut en faire.
Le code de l’urbanisme indique que les bâtiments ont 5 destinations possibles, dont la destination agricole*. Il faut ensuite distinguer selon que la commune est couverte ou non par un PLU.
Lorsque la commune n’est pas couverte par un PLU, il est, en principe, interdit de construire en dehors des espaces déjà urbanisés**. « Peuvent toutefois être autorisés, en dehors des parties urbanisées de la commune, l'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ».
Le Conseil d’État a donné une interprétation de ces dispositions***. Le propriétaire peut aussi déposer une déclaration s’il souhaite changer la destination d’un immeuble et un permis si celle-ci s’accompagne d’un changement de l’aspect extérieur du bâtiment.
Dans les communes couvertes par un PLU, plusieurs dispositions ont pris en compte cette nécessité de faciliter le changement d’usage des bâtiments agricoles. Ainsi, dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : désigner les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. Le changement de destination est soumis, en zone agricole, à l'avis conforme de la commission départementale de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime, et, en zone naturelle, à l'avis conforme de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites.
La loi de simplification du droit de l’urbanisme du 26 novembre 2025 a assoupli ces conditions de changement de destination en introduisant dans le code un article L. 152-6-9 qui vise donc les communes dotées d’un PLU et qui distingue selon que le bâtiment agricole est situé en zone agricole ou naturelle ou non (un bâtiment agricole peut, en effet, être situé dans une zone urbaine).
*art. R. 151-27, code de l’urbanisme.
**art. L. 111-4, code de l’urbanisme.
***CE 29/05/2019, n° 419921, mentionné dans les tables du recueil Lebon.
Michel Degoffe le 09 juin 2026 - n°2413 de La Lettre du Maire
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