L’intelligence artificielle libère les agents Abonnés
La Lettre du Maire : pouvez-vous nous présenter quelque unes des 11 tâches que vous avez identifiées et pour lesquelles l’IA peut accompagner efficacement les agents ?
Thierry Bono : vous avez raison de parler d’accompagnement car l’IA ne peut pas se substituer complètement à l’agent. Parmi ces tâches, il y a, par exemple, la retranscription des procès-verbaux des séances du conseil municipal, solution que nous allons étendre aux séances de toutes les commissions. Cela libère l’agent d’une tâche rébarbative, la prise de notes. L’IA donnera une retranscription écrite de la séance et l’agent relira ce travail en le mettant en forme, en vérifiant que les termes utilisés sont les bons. Autre exemple, l’IA est également utilisée par la direction des marchés publics avec MA-IA*. L’application permet de faire du sourcing, de rédiger un cahier des charges à partir d’un million de documents, d’interagir pour proposer son propre cahier des charges à partir des besoins que nous avons exprimés et d’analyser les offres.
La LDM : justement, à propos des marchés publics, un directeur des services techniques d’un établissement public territorial de la région parisienne nous disait constater que les entreprises rédigent de plus en plus leur offre grâce à l’IA, ce qui rend difficile de les départager.
T.B : c’est exact. Ainsi, la note sur la qualité du rapport n’a plus beaucoup de sens car le document a été rédigé par l’IA et il est donc désormais toujours de bonne qualité. Il faut retenir d’autres critères de notation. L’IA nous conduit également à rédiger des clauses à destination des candidats aux marchés en vertu desquelles on les autorise ou non à utiliser l’IA, ou à dire dans quel cas ils ont utilisé l’IA.
La LDM : pour en revenir aux 11 tâches, comment les avez-vous identifiées ?
T.B : selon moi, la mise en place de l’IA ne peut pas se faire sans associer les agents qui vont s’en servir. Nous leur avons donc envoyé un questionnaire avec trois questions : quelles sont les tâches qu’ils accomplissent et qui sont sans valeur ajoutée, répétitives ? Quelles sont les tâches qu’ils doivent faire et qu’ils n’ont pas le temps d’accomplir et, enfin, pour ceux qui avaient déjà une connaissance de l’IA, quelles tâches pourraient-ils lui confier ?
La LDM : l’expérimentation a-t-elle entraîné des oppositions ?
T.B : non car, comme je vous l’ai dit, nous avons associé les agents à sa mise en place. Un exemple, le service juridique doutait au départ de la solution IA pour analyser les textes et la jurisprudence nécessaires à la résolution d’un litige. L’application a donc été d’abord utilisée par d’autres services avant que le service juridique n’en reconnaisse lui aussi l’utilité. Un cabinet de conseil nous a aidé à réfléchir à nos besoins et aux solutions pour y répondre. Mais, ensuite, le déploiement de l’IA est réalisé en régie par les services. Nous avons mis en place un comité de pilotage qui se réunit toutes les semaines pour suivre le déroulement de l’expérimentation. Nous avons également veiller à former les agents. 800 d’entre eux ont été formés.
La LDM : David Lisnard, votre maire, s’est engagé à ce que l’IA n’entraine la suppression d’aucun emploi.
T.B : plus exactement, il s’est engagé à ce qu’il n’y ait pas de départ d’agents, mais les agents libérés de certaines tâches grâce à l’IA pourront être employés à des missions plus productives. Par ailleurs, dans une ville comme Cannes, 500 agents vont partir dans les 4 ou 5 ans. Dans une ville comme la nôtre, avec des rémunérations qui ne sont pas forcément à la hauteur de ce qui est proposé dans le privé, nous aurons des difficultés à remplacer toutes les personnes qui partent. Sans raisonner en terme de suppression d’emplois, il est donc indispensable que l’IA nous permette de faire autant avec moins.
La LDM : Cannes est une ville importante. Pensez-vous que l’expérience soit à la portée d’une commune de taille modeste ?
T.B : pas forcément. Je vois déjà un premier obstacle : dans les petites communes, les agents effectuent souvent plusieurs tâches qui, dans une commune plus importante, sont assurées par des agents différents. Cette polyvalence peut rendre plus difficile, selon moi, la mise en place de l’IA. En tout cas, je conseille aux communes de ne pas recourir à des solutions clef en mains que des entreprises leur vendent, au motif que cela a marché ailleurs. La commune doit réfléchir à l’usage qu’elle peut faire de l’IA, au besoin en se faisant aider, et choisir une solution personnalisée.
*https://ma-ia.app/>
Michel Degoffe le 22 septembre 2025 - n°2378 de La Lettre du Maire
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