L’IA au service des politiques publiques Abonnés
Entretien.
La Lettre du Maire : pouvez-vous nous présenter votre société ?
Nicolas Beaussé : nous travaillons pour les communes. Nous connaissons donc leur mode de fonctionnement et leurs besoins. Nous intervenons dans le domaine des ressources humaines, des mutations technologiques, de l’organisation. Tout naturellement se pose alors la question de l’apport de l’IA.
La LDM : en début de mandat, nombre de maires commandent un audit financier pour avoir une vision claire de la situation de la commune qu’ils viennent de conquérir, et pour communiquer auprès de la population. Est-ce qu’un maire peut faire appel à vous dans la même situation pour évaluer les problèmes d’organisation ?
N.B : oui, nous pouvons réaliser des audits de mandature sur l’organisation des RH de la commune et sur son adaptation aux ambitions de la nouvelle équipe. Nous intervenons beaucoup sur les projets de territoire des intercommunalités. Dans ce cadre, nous accompagnons les maires pour construire un projet qui permettra de conserver l’identité de chaque commune. Nous accompagnons aussi les communes candidates aux opérations de type Cœur de ville ou Petites villes de demain pour les aider à élaborer une stratégie de territoire. Nous avons par exemple aidé la commune de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, 74 568 habitants) à élaborer une telle stratégie en la comparant avec ce qu’ont fait des communes de même taille. Nous pouvons également réaliser des études d’impact sur les politiques sociales ou de logement, ou mener des études relatives à la sobriété foncière. Cependant, nous ne sommes pas un bureau technique même si nos équipes comptent des urbanistes.
La LDM : aider les communes à apprivoiser l’IA n’est donc pas votre cœur de métier. Vous y êtes venu à partir de votre mission de conseil.
N.B : oui et c’est d’ailleurs logique. Pour que l’utilisation de l’IA soit efficace, il faut partir des besoins des agents et élaborer des solutions avec eux.
La LDM : dans votre livre blanc, rédigé en interrogeant les agents de 11 collectivités de nature et de taille différentes, vous identifiez trois usages de l’IA : l’assistance aux agents dans leur mission courante (de ce point de vue, les communes recourent déjà massivement à l’IA), la relation avec les usagers et la conduite des politiques publiques. Dans ces deux domaines, beaucoup restent à faire, écrivez-vous. Sur le dernier point, qu’est-ce qui explique, selon vous, la frilosité des collectivités ?
N.B : tout d’abord, un mot sur l’IA dans la conduite des politiques publiques. Par exemple, les collectivités publiques ont des obligations réglementaires d’améliorer la performance énergétique de leurs bâtiments. L’IA peut être utile pour identifier les points d’amélioration les plus manifestes (par l’installation de capteurs qui collectent les données) ou pour identifier les points de fuite sur les réseaux d’eau. Ces solutions se développent mais nous ne sommes pas encore à maturité parce que l’IA ne fonctionne qu’à partir de données. Or, dans certains domaines, nous n’avons pas encore des données totalement fiables. Mais une collectivité territoriale peut déjà utiliser l’IA pour déterminer sa politique de mobilité. En installant par exemple des capteurs pour déterminer les conséquences, sur les choix des usagers, de la création d’une voie réservée aux vélos, et ensuite généraliser la construction de telles voies. L’IA peut également être une aide utile, dans le respect bien entendu de la protection des données, pour instruire les dossiers en matière de politique sociale.
La LDM : vous avez organisé en juillet dernier un webinaire dans lequel des représentants de différentes collectivités exposaient leurs usages de l’IA. L’un des intervenants expliquait que l’IA, à terme, pourrait permettre à un administré de suivre heure par heure l’instruction de sa demande.
N.B : oui, et ce serait très utile car les administrés appellent souvent les services pour savoir où en est leur dossier, ce qui est chronophage pour les agents qui doivent leur répondre, et engendre de l’insatisfaction quand la réponse tarde. Nous n’en sommes pas encore là, mais on peut souhaiter le développement de l’IA lorsqu’une décision nécessite l’intervention de plusieurs autorités. Si toutes pouvaient intervenir sur un même dossier ouvert, cela représenterait un gain de temps considérable pour tout le monde.
N.B : il est difficile de donner une réponse générale. L’IA spécifique type Delibia peut être très efficace et parfois une IA généraliste comme Google Gemini, grâce à sa puissance de recherche, peut être un bon choix également. Dans certains cas, il est nécessaire de concevoir des outils dédiés. La ville de Nantes (Loire-Atlantique, 327 734 habitants) a ainsi voulu évaluer le gaspillage alimentaire dans les cantines scolaires de la ville. Pour y parvenir, il a fallu construire un outil particulier.
*Le livre blanc est téléchargeable à cette adresse : https://julhiet-sterwen.com/lia-en-pratique-dans-les-collectivites-territoriales/>
Michel Degoffe le 25 août 2026 - n°2420 de La Lettre du Maire
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